[Livres] "Zombie Story" de David Wellington

Avatar de l’utilisateur
zombieater
Survivor
Messages : 463
Inscription : 27 nov. 2003, 17:11
Localisation : Perpignan
Contact :

02 avr. 2019, 21:44

Image Image

Image Image Image
Parue en France chez l'éditeur Mylady en 2010 et réédité en 2013 en format poche, cette trilogie nommée Zombie Story consiste en les trois livres "Zombie island", "Zombie nation" et "Zombie planet". Elle relale les évènements suivants : une catastrophe d'origine inconnue et transformant les humains en morts-vivants a anéanti non seulement l'espèce humaine, mais également la civilisation : en effet, les seuls pays où a pu s'organiser une résistance , et où restent des survivants organisés, sont les dictatures islamistes ou les contrées africaines sous contrôle d'un "seigneur de guerre" -- bref les endroits où personne ne sortait sans son AK47 en bandoulière. De farouches guerrières somaliennes apprennent d'un de leurs captifs, un inspecteur de l'ex-ONU, que les médicaments dont a besoin leur cheftaine pourraient se trouver à New-York. Elles partent donc avec lui en bateau traverser l'Atlantique, mais la doctrine coranique exigeant qu'elles soient dirigées par un homme, leur ancien prisonnier devient leur directeur d'opérations!


Pendant ce temps sur la côte est des Etats-Unis, un jeune étudiant en médecine, confronté à l'inéluctable, a préféré se suicider mais en se mettant sous dialyse afin que son cerveau demeure irrigué pendant qu'il passe de vie à trépas : il compte ainsi devenir le premier zombi raisonnable de cette nouvelle humanité. Parallèlement une jeune Californienne, dont le hasard a voulu qu'elle défuncte puis ressuscite dans un caisson à UV, se retrouve dans le même état. Mais cette résurrection dans la raison les a doté de pouvoirs psychiques...


Le style est très bon et bien adapté, l'angoisse sourdant du roman dès les premières pages, la psychologie de nombreux personnages appréciablement fouillée, mais curieusement dès la moitié du premier tome l'histoire glisse vers le surnaturalisme. Ca commence doucement, avec la révélation d'une télépathie inter-zombies. Puis on comprend que la zombification n'est pas d'origine virale puisque tout ce qui est mort mais bien conservé se réveille, telles les momies du Metropolitan Museum de New York. Et plus on avance dans la lecture des tomes suivants, plus on verse dans le fantastique avec zombies géants, pouvoirs magiques ( invisibilité, télékinésie, etc ) ... jusqu'à une espèce de civilisation-zombie avec morts-vivants galériens qui n'est pas sans faire penser au film "Zombie War(s)"(2006, 73mn) de David A. Prior qui imaginait la planète cinquante ans après l'apparition des premiers morts-vivants : ceux-ci ont fondé une façon de civilisation où ils capturent les humains afin de les faire se reproduire pour avoir toujours de quoi manger ... ce téléfilm sans prétentions ni grand intérêt a eu toutefois le mérite pour sa tentative de sortie des sentiers battus sans recourir à des super-zombies ou de fumeuses sorcelleries.


Ici une nécessaire digression : trop de romanciers et de cinéastes ont eu tendance à se répéter, filmant encore et toujours l'apparition du fléau ... le problème est que, près d'un demi-siècle après "La nuit des ..." tout le monde sait ce qu'est un mort-vivant et qu'il n'y a plus d'effet-surprise possible avec ça. Zack Snyder l'avait bien compris quand il a fait "L'armée des morts" : musique sinistre dès les premières minutes du film , lorsque on voit les jambes de l'ambulancier dépasser de son véhicule, et là, la surprise est que ce n'est pas un mort-vivant , il faisait juste la sieste ; mais seul lui l'a compris, dans "Zombie Diaries" de 2006 (improprement renommé en France "Journal d'un zombie") on voit des jeunes dans une maison qui entendent du bruit à l'étage et se demandent ce que c'est après que la radio ait signalé une épidémie dans la ville voisine ... quel manque d'imagination que de nous ressortir les ficelles de 1969!


La trilogie de David Wellington n'en manque en revanche pas, mais présente la suprenante particularité de débuter dans le rationnel pour terminer dans le magique. Faut-il voir là une parabole de la régression de l'humanité vers le pré-logique? Certes écrire une saga sur les morts-vivants s'avère exercice délicat, car comment rédiger longtemps sur des ennemis censés être dépourvus de toute intelligence et inaptes à la reproduction, donc incapables de bâtir quoi que ce soit ? Une histoire partant de ce postulat ne peut que se terminer par une plus ou moins rapide victoire de l'un ou l'autre des deux camps , mais dans la mesure où le zombi est réputé incapable d'évolution hormis pourrir sur pied, son adversaire humain n'en aura pas besoin non plus, hormis l'adaptation mentale à ce nouvel ennemi; de ce fait il devient difficile d'imaginer des suites , de combat sans fin comme , mettons, entre vampires et loups-garous, car non seulement ces deux espèces évoluent indéfiniment du fait de leur constante concurrence, mais elles doivent aussi s'adapter à un environnement humain lui aussi en constant changement. D'où une infinité de possibilités rédactionnelles.


Il n'y a donc, pour le romancier ou le scénariste désireux de rester dans la thématique zombies, que deux solutions:

- que l'ennemi principal passe au second plan au profit de l'homo homini lupus, choix adopté par la série télévisée "The Walking dead" où les morts-vivants ne sont plus que la toile de fond d'affrontements entre clans humains, où ils servent éventuellement d'accessoires.

- modifier et remplacer progressivement, comme dans la trilogie de David Wellington, le schéma rationaliste scientifique qui régit les sociétés humaines civilisées par l'irruption d'éléments fantastiques souvent renouvelés. Cette méthode libère l'écrivain ou scénariste des restrictions inhérentes à la nature figée du mort-vivant, et oblige le lecteur/spectateur à s'adapter à chaque fois à la nouvelle logique induite par ces composants, ce qui relance à chaque fois l'intérêt... ou donne, selon sa sensibilité, une impression de décousu ou de facilité scénaristique n'étant pas sans rappeler la méthode du deus ex machina des dramaturges de l'Antiquité. L'explication finale de l'apparition des zombies donnée dans les dernières pages de cette trilogie m'a nettement procuré cette sensation...
Image
Répondre